•           J'étais posté là, devant la fenêtre. J'observais la rosée du matin qui recouvrait les orchidées du jardin. Le soleil était déjà haut dans le ciel et brillait de mille feux ; il m'en brûlait les yeux. Ses flammes envahissaient mon champ de vision. Je levais les yeux en direction du meurtrier. Peut-être serai-je finalement attendri par la douceur de la brume ?

              J'étais posté là, devant la fenêtre. Ce calme matinal m'agaçait. Aucun mouvement n'était perceptible. Le Jardin était prisonnier du Soleil. Prisonnier d'un temps où il avait été heureux. Des gouttelettes se formaient sur la vitre humide. Jardin et moi étions seuls, immobiles, comme attendant une entité surnaturelle qui n'arriverait pas. C'était pourtant ce même Jardin qui avait abrité nos éclats de rires, et nos éclats de cœur, nos éclats de verre aussi. C'était un temps où nos vies étaient rythmées par l'amour, notre amour dicté par la vie. Cette idylle entre Jardin et moi était incompréhensible pour un homme. O Jardin divin, te souviens-tu de la passion qui rendait notre amour exceptionnel ? J'observais tes longs cheveux blonds onduler au gré du vent, tes beaux yeux bleus pétiller suivant le désir des rayons. O jardin divin, tu étais si rieur, si gai, si rêveur... Pourquoi n'es-tu plus que fleur fanée ? Mon jardin, je sais que la douleur secoue tes veines, que la noirceur a remplacé la pâleur du bonheur. O rivière divine, je sais que tu souffres de la fuite du temps, mais arrête toi de pleurer, attends moi pour couler. Il n'ira pas bien loin sans toi. Les beaux jours reviendront et Elle, elle reviendra... S'il te plaît, retourne toi et regarde moi dans les yeux. O rivière divine, dis moi que tu m'aimes. N'étions nous pas heureux ensemble ? Pourquoi m'as-tu quitté ? O rivière divine, je ne peux pas vivre sans toi.

              J'étais posté là, devant la fenêtre. Le temps semblait s'être arrêté sur le malheur. Le temps du bonheur était définitivement révolu. J'écoutais les oiseaux chanter. Je tentais d'imiter leurs cris après avoir ouï leur harmonieuse mélodie. Ils paraissaient enchaînés aux fils électriques.

              J'étais posté là, devant la fenêtre. Un orage s'était abattu sur le jardin. Le ciel s'illuminait au rythme des éclairs. Les oiseaux piaillaient, criaient de douleur. Face à une telle intimidation, les fleurs, contraintes, commençaient à se plisser, puis se pliaient avant de se couper, exprimant une souffrance certaine. La rivière, apeurée, coulait à toute allure. Le tonnerre grondait, le vent soufflait, les branches se cassaient, les feuilles tombaient dans un silence assourdissant. Le jardin était désormais pareil au bagne. Les rameaux se battaient aux orchidées qui tentaient inlassablement de résister. Mais, comme pour les achever, une tornade de grêle décida d'envahir la totalité du triste jardin. Le ciel était sombre. Le soleil avait déserté. Les nuages gris se succédaient. La volonté de tous était de fuir ce monde atroce, submergée par une douleur profonde.

              Et moi, j'étais posté là, devant la fenêtre. Je ne contrôlais plus rien. Mais j'admirais ce noble enterrement, comme si j'assistais au mien.


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  • « J'ai l'honneur, au nom du Gouvernement de la République, de demander à l'Assemblée nationale l'abolition de la peine de mort en France…». Ainsi s’amorçait le célèbre discours en date du 17 septembre 1981, prononcé par Robert Badinter, garde des sceaux, ministre de la justice. Le 18 septembre de la même année, l’Assemblée nationale adoptait, par 363 voix contre 117, le projet de loi portant abolition de la peine de mort.

    La perpétuité incompressible ou la peine de mort camouflée

    Si l'abolition de la peine de mort est aujourd'hui regardée comme une évidence, la France n'a pourtant pas cessé de condamner à mort. Celle-ci a été remplacée par une mort invisible. Une mort lente. Une mort sociale. Mais une mort assurée. La perpétuité incompressible.

    La perpétuité incompressible ou perpétuité réelle renvoie à l’application de la prison à perpétuité, sans possibilité de réinsertion, avec une période de sûreté portée à 30 ans. Le condamné pourra toutefois bénéficier d'un aménagement de peine, mais sous des conditions très strictes. Cela dit, s'«il est possible que le détenu puisse sortir, (...) dans les faits, il peut très bien rester en prison jusqu’à la fin de ses jours», précise Céline Parisot, présidente de l’Union Syndicale des Magistrats (USM).

    En 1979, Michel Cardon est condamné à la prison à perpétuité pour le meurtre d'un sexagénaire infirme. Des circonstances atténuantes retenues par la cour lui permettront d'échapper à la peine de mort requise par l'avocat général. La porte de sa prison se refermera pour plus de quarante ans.

    Assis dans sa cellule, Michel Cardon est condamné à l'attente. L'attente de la mort, celle à laquelle il avait pourtant échappé. Une attente qui signe la fin de l'espoir et qui annonce le début de l'oubli. Or, "La fin de l'espoir, c'est le commencement de la mort" disait Charles De Gaulle. Cette phrase éclaire sur la réalité de la perpétuité réelle qui s'apparente à bien des égards à un aller sans retour vers la mort, qui se rapproche d'une condamnation à la peine capitale, peine pourtant abolie depuis 1981. La perpétuité incompressible, c'est renoncer à croire en l'homme, c'est redonner une légitimité à la peine de mort. C'est pourquoi on ne peut se résoudre à penser rationnellement que tous les condamnés à perpétuité resteront à jamais nocifs pour la société. 

    Dans son discours contre la peine de mort, Robert Badinter dénonçait la logique d'élimination profondément inscrite dans notre droit pénal, celle qui légitimait le recours à la peine de mort. Force est de constater que c'est la même logique qui anime désormais la perpétuité incompressible. En réalité, une telle violence institutionnelle n'a d'autre vocation que celle de rassurer les populations. C'est ainsi que la perpétuité réelle, peine aussi inhumaine qu'inutile, trouve sa justification dans la peur exacerbée de la société à l'égard des criminels.

    La justice ne doit pas avoir pour vocation d'écarter définitivement les condamnés de la société. La justice n'a de sens, dit-on, que si elle offre au condamné un espoir de réinsertion. Mais cet espoir de réinsertion est incompatible dans le cadre de la perpétuité réelle, aboutissant à une justice nécessairement punitive. La perpétuité incompressible, c'est le silence d'une justice éducative au profit d'une justice punitive. C'est pourtant cette même justice qui aurait pu offrir à Michel Cardon, illettré, l'instruction qu'il n'a jamais eue, l'éducation qu'il n'aura jamais. Mais comment un condamné à la prison à perpétuité peut-il se réinsérer dans une société dès lors qu'il en a été exclu pendant au moins trente ans ? Outre le fait que la perpétuité réelle viole la dignité humaine, la possibilité théorique de réinsertion faisant suite à trente ans d'incarcération se présente comme totalement hypocrite pour un être dont la mort sociale est déjà assurée.

    Dans l'arrêt Vinter contre Royaume-Uni rendu le 9 juillet 2013, la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) reconnaît un "droit à l'espoir" en faveur des détenus à vie. Dans cet arrêt, la Cour condamne le caractère incompressible avec impossibilité de réévaluation des peines perpétuelles, en tant qu'elles constituent des peines inhumaines et dégradantes. Une telle mesure apparaît contraire à l'article 3 de la Convention qui dispose que "Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants". Dès lors, pour être conformes à l'article 3 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme, les peines perpétuelles doivent être compressibles. Conformément à la jurisprudence de la CEDH, le condamné à perpétuité doit pouvoir demander un aménagement de sa peine. Il faut tout de même préciser que la perpétuité incompressible, si elle permet une réévaluation de la peine [après trois décennies pour la France], est jugée conforme à la Convention, ce qui semble déplorable. Au sein des pays signataires de la Convention, il est préoccupant de voir que, dans les décisions rendues, le recours à la perpétuité incompressible [avec possibilité de réévaluation de la peineest de plus en plus effectif.

    La perpétuité incompressible, un aller simple vers la mort ?

    La justice doit renouer avec l'humanisme, en abandonnant cette mesure dépassée et inhumaine. La justice ne peut abolir la peine de mort, sans condamner la perpétuité incompressible, qui ne s'apparente à rien de plus qu'à l'annonce d'une mort certaine. "Vivre sans espoir, c'est cesser de vivre" disait Fiodor Dostoïevski. C'est ainsi que la perpétuité incompressible apparaît comme l'équivalent implicite de la peine de mort. Finalement, la peine de mort n'est-elle pas préférable à une mort lente, à une peine qui supprime toute lueur d'espoir ? 


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  • Il y a quelques mois, l'Académie française approuvait un rapport selon lequel il n'existait aucun obstacle de principe à la féminisation des noms de métiers et de professions. Mais certains semblent occulter qu'en réalité, il ne s'agit pas de féminiser la langue française, mais plutôt de la démasculiniser en rompant une bonne fois pour toute avec le patriarcat qui a nourri pendant plusieurs siècles notre belle langue. "Etre en accord avec ce que l'on est", voilà comment, en 1994, Benoîte Groult définissait la féminisation des noms de métiers et de professions.

    La langue française, misogyne ?

     Source : https://www.levif.be/actualite/sciences/le-francais-une-langue-profondement-misogyne/article-normal-503701.html?cookie_check=1561996992

    Au 17ème siècle, le contrôle des esprits voulue par la monarchie absolue passe notamment par le contrôle de la langue, aussi étonnant que cela puisse paraître. Ainsi, à ceux qui pourraient penser, de façon totalement erronée, que la langue n'est qu'une affaire dérisoire quant à la question du droit des femmes, il me semble judicieux de leur proposer la formule tenue en 1899 par Hubertine Auclert : "L'omission du féminin dans le dictionnaire contribue plus qu'on ne le croit à l'omission du féminin dans le droit". C'est en cela que l'émancipation par le langage ne doit pas être dédaignée. 

    En 1647, Claude Fabre de Vaugelas dira "Le genre masculin, étant le plus noble, doit prédominer chaque fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble", mettant ainsi fin aux lois de proximité et de majorité, ce à quoi répondra Davy Borde, offusqué : "pourquoi écrire '1000 hommes et une femme se sont réunis' et toujours '1000 femmes et un homme se sont réunis'?". Afin d'endiguer tout malentendu sur la notion de noblesse utilisée par Claude Fabre de Vaugelas, j'ajoute les propos du grammairien Nicolas Beauzée, pour qui "le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle". Que faut-il en déduire ? Peut-être la phallocratie que retranscrit notre langue au travers d'une règle qui s'appuie sur des fondements injustifiés et injustifiables ? Ainsi naît la règle selon laquelle "le masculin l'emporte sur le féminin", forgée à partir de raisonnements manifestement misogynes. Si à un enfant, il est dit qu'il est "inculte et stupide" dès son plus jeune âge, alors il manquera de confiance en lui toute sa vie. Un parallèle peut être effectué sans trop de mal avec cette loi de primauté du masculin sur le féminin. C'est en cela que dire à une jeune fille que le masculin l'emporte, c'est lui faire ingurgiter dès huit ans qu'elle ne gagnera jamais et que, face à un homme, elle sera incontestablement vouée à l'échec.

    Ainsi écrivait Racine en son temps : "Armez-vous d'un courage et d'une foi nouvelle" (Athalie), satisfaisant l'accord de proximité, justifié par des fondements intuitifs, dont la cohérence surplombe sans grand mal l'illogisme de la règle de la primauté du masculin. Peut-on encore parler de "tradition française" alors même que, pendant des siècles, les règles de proximité et de majorité, bien plus logiques, dominaient les lois de la langue française ? Actuellement, le français rend les femmes invisibles, voire inexistantes dès lors qu'un homme - un seul - est présent, quel que soit le nombre de femmes qui lui font face. Au vu de la révélation de ses origines historiques, cette primauté du masculin est, indéniablement, symboliquement misogyne, d'autant qu'elle n'est ni naturelle ni intuitive. Dès lors, comment peut-on accepter cette règle de masculinité, sous prétexte d'une prétendue "tradition culturelle" ou "légitimité linguistique" qui pourtant ne voit sa genèse qu'au 17ème siècle ?

    La langue est un miroir culturel en tant qu'elle se fait l'écho des préjugés autant qu'elle les entretient. Elle conditionne nos représentations comme elle les influence. C'est pourquoi il est désormais nécessaire de la rectifier, de la démasculiniser afin de permettre le grand retour de l'égalité. Nous sommes parvenus, sans trop de mal, à modifier la langue française pour la rendre misogyne, pourquoi la réformer pour la rendre égalitaire pose-t-il tant de difficultés à nos chers académiciens autant qu'à nos chers citoyens ?

    Non, l'écriture inclusive n'est pas une aberration, mais l'expression d'un désir, celui d'une vision égalitaire des sexes qui passe d'abord par la langue, n'en déplaise aux linguistes qui lui préfèrent une tradition vieille - seulement - de trois siècles, bien qu'ouvertement machiste. Le langage et son pouvoir sont, semble-t-il, fortement sous-estimés. C'est pourtant bien le langage qui façonne nos représentations autant qu'il nous permet de concevoir le réel. La langue est le miroir d'une civilisation, lui permettant d'analyser sa réalité en tant qu'elle édifie un cadre de pensée commun à tous ses usagers. Contrairement à ce que beaucoup croient, l'enjeu est grand concernant la féminisation des noms de métiers : il s'agit pour les femmes d'être en accord avec ce qu'elles sont. Il s'agit de clarifier l'ouverture à tous les sexes de toutes les professions et, à travers elle, de traduire l'évolution des moeurs. Mais, encore aujoud'hui, la plupart des dénominations féminines renvoie à des connotations sexuelles (voir ci-dessous) ou bien à des noms d'épouses, reflétant une certaine subordination - incongrue et insensée - des femmes au sein du vocabulaire français. En effet, tandis que l'homme désigne un être de sexe masculin ainsi que l'humanité toute entière, la femme qualifie un être de sexe féminin et une épouse. Ainsi, la présidente ne sera jamais que la femme du président.

    La langue française, misogyne ?

     https://twitter.com/elodiejauneau/status/927126962723786752

    Il apparaît donc clairement que la langue française, au vu de l'usage qui en est fait, reflète l'inégalité manifeste entre les hommes et les femmes au sein de notre société, tout en lui apportant une justification. C'est en cela qu'il est essentiel de la rendre égalitaire. Bien sûr, l'évolution de la langue française n'anéantira pas le problème du machisme, mais ce dernier ne peut être combattu sans s'attaquer à la plus banale des règles de grammaire, celle que chacun d'entre nous apprend dès son plus jeune âge.


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  • Alors qu'elle était inférieure à 40% en 1979, date des premières élections européennes au suffrage universel, l'abstention n'a cessé d'augmenter au sein de l'Union Européenne (UE). Les résultats de 2019 enregistrent toutefois une légère augmentation du taux de participation au regard des dernières élections en date de 2014, avec un taux d'abstention qui s'élève à 49,6%. Mais l'abstention ne touche pas seulement les élections européennes : elle s'avère également particulièrement flagrante concernant les élections législatives. Alors qu'en 1958, l'abstention enregistrait un score de 25,2% lors des législatives, en 2017 le taux d'abstention s'élevait à 57,36%, engrangeant une augmentation constante depuis 1981. 

    Le vote obligatoire : une réponse face à l'abstention ?

    Ainsi, il apparaît clairement que cette désaffection électorale concerne toutes les élections, qu'il s'agisse des européennes, des municipales, des régionales ou même des présidentielles. 

    Afin d'endiguer l'abstention, manifestement grandissante, certains proposent de rendre le vote obligatoire, comme c'est déjà le cas dans certains pays. En Europe, en effet, l'obligation de voter concerne la Belgique, le Liechtenstein, la Grèce, le Luxembourg, le Land autrichien du Vorarlberg ainsi que le canton suisse de Schaffhouse. Ainsi, à titre d'exemple, l'article 52 de la Constitution luxembourgeoise reconnaît le caractère obligatoire du vote pour tous les citoyens âgés de 18 ans au moins. Par ailleurs, l'inscription sur les listes électorales se fait d'office et les sanctions sont particulièrement élevées, entraînant un fort taux de participation.

    En France, plusieurs propositions de loi en ce sens ont été déposées à l'Assemblée Nationale. Dans le cas français, le vote n'est obligatoire que pour les seules élections sénatoriales de sorte que, en cas de manquement, les grands électeurs se voient infliger une amende de 100 euros en vertu d'une loi effective depuis 2004.

    Le vote obligatoire : une solution face à l'abstention ?

    Source : https://twitter.com/leparisieninfog/status/876456953714790402

    En réalité, tout le problème repose sur l'interprétation donnée à l'abstention. Est-ce la marque d'un désintérêt général quant à la vie politique signifiant la volonté de clôturer le système politique actuel ? N'est-ce pas la démonstration de la faiblesse et peut-être même de la culpabilité des divers acteurs politiques ? En cela, si le vote devient obligatoire, alors les citoyens perdent un important moyen de contestation. En effet, la possibilité d'exprimer son insatisfaction vis-à-vis de l'offre politique n'est-elle pas l'application même du principe démocratique ? C'est pour cette raison que la reconnaissance du vote blanc doit être le corollaire du vote obligatoire. Toutefois, un problème se pose. En effet, le vote ne permettrait plus de choisir des élus, mais d'exprimer son opinion et sa désaffection vis-à-vis du personnel politique, entraînant une baisse considérable de la légitimité, et donc de la représentativité, des élus. Pour Samuel Huntington, le fait de ne pas participer à la vie politique est le signe d'une certaine consolidation de la démocratie. Les citoyens s'intéressent aux premières élections, puis se détachent progressivement de la question électorale afin de s'occuper de l'espace social. Il résulte d'une telle analyse qu'un taux conséquent d'abstention ne serait pas si néfaste au fonctionnement de la démocratie. Tout cela montre bien que plusieurs lectures sont possibles quant à la signification même de l'abstention. 

    Le vote obligatoire : une solution face à l'abstention ?

    Source : https://www.francetvinfo.fr/elections/sondages/presidentielle-abstention-deception-desinteret-trois-enseignements-a-tirer-du-vote-des-francais_2158880.html

    Mais pourquoi rendre le vote obligatoire ? Tout d'abord, une telle réforme inciterait les citoyens à s'intéresser davantage aux décisions et aux programmes, et accroîtrait l'intérêt qu'ils portent à la vie politique. Par ailleurs, cela permettrait de lutter contre l'abstention, si croissante qu'elle en devient consternante. Ensuite, pour Alexis de Tocqueville, l'abstentionnisme électoral est néfaste au fonctionnement même de la démocratie. En effet, le vote permet de faire fonctionner la démocratie. Par conséquent, les citoyens doivent nécessairement s'approprier le processus politique pour préserver une certaine stabilité démocratique. Enfin, le vote est nécessaire pour garantir une parfaite représentativité des élus ; cela est d'autant plus vrai dans un contexte de crise de la représentation. La crise dite des "Gilets Jaunes" en a parfaitement témoigné. Toutefois, rendre le vote obligatoire entraînerait une réduction incontestable des libertés individuelles, de sorte qu'un droit d'expression deviendrait un devoir, assorti - par définition - d'une sanction. Mais, dès lors, le problème ne risque t-il pas d'être reporté sur le vote blanc ? En effet, le problème n'est-il pas plus profond ? Celui d'un désintéressement général vis-à-vis du système politique qui voit sa source dans l'oubli et la méconnaissance des régimes non démocratiques ?

    Le vote obligatoire : une solution face à l'abstention ?

     Mais le vote obligatoire est-il réellement efficace ? Afin de répondre à cette question, intéressons-nous au cas belge. Le vote obligatoire est inscrit dans la Constitution belge depuis 1893. Il en résulte que, depuis la fin du XIXème siècle, la Belgique enregistre un taux de participation qui s'élève à 90%. Cette mesure a vu ses effets se révéler sur le long terme, de sorte qu'aujourd'hui, les sanctions ne sont quasiment plus appliquées. 


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  • L'arrivée de Donald Trump au gouvernement aux Etats-Unis, le Brexit en Angleterre, les manifestations anti-migrants en Allemagne et l'affirmation des nationalismes témoignent de l'accroissement du populisme en Europe et dans le monde depuis quelques années. Les populistes peuvent se définir comme des partis anti-système, réunissant  les anti-mondialisation et les anti-migrants.

    Europe: populisme et crise migratoire

    "Qui aurait cru en 1990 que le fossé creusé par le Rideau de fer serait à ce point durable !"

    En Europe, les succès électoraux populistes se succèdent, se nourrissant du scepticisme de l'opinion publique à l'égard des "vieux partis" qui peinent à faire face aux problèmes économiques et migratoires qui secouent aujourd'hui le continent. Les récentes élections en Italie, en effet dominées par la question migratoire, sont le reflet des tensions qui existent dans le pays, se traduisant par la montée de l'extrême-droite. Bien que de plus en plus présent en Europe occidentale, ce phénomène est particulièrement vrai en Europe de l'Est. La Hongrie dénonce par exemple le laxisme de l'Union Européenne concernant la question des migrants. Mais les députés européens ont récemment déclenché une procédure pouvant conduire à des sanctions sur le pays. Ils évoquent une violation des valeurs promues par l'UE. Ensuite, Vladimir Poutine, quant à lui, n'hésite pas à dénigrer le reste du monde en le présentant comme néfaste. De la même manière Trump, aux Etats-Unis, incarne en quelque sorte un sauveur, capable de redonner sa grandeur à l'Amérique. Son slogan de campagne "America First" traduisait parfaitement ses intentions et sa vision des Etats-Unis par rapport au reste du monde. Par ailleurs, parmi les 15 pays d'Europe de l'Est, 7 sont gouvernés par un parti populiste. Mais alors pourquoi le populisme est-il particulièrement présent dans cette partie de l'Europe ? Tout d'abord, il s'agit d'anciens pays communistes ayant subi un retard économique et ayant également souffert d'un certain isolationnisme vis-à-vis du reste du monde. Par conséquent, ces pays ont tendance à se montrer plus matérialistes, chose que les pays d'Europe Occidentale ont dépassée. Les revendications de ces derniers se tournent en effet davantage vers le respect et la protection de leurs droits fondamentaux que sont la liberté d'expression et l'indépendance de la justice, soit le miroir d'un profond attachement au libéralisme, propre à l'Occident. Parallèlement, la gauche étant très faible dans les pays de l'Europe de l'Est, le débat droite-gauche n'existe pas, entraînant une vision manichéenne de la politique où les opposants au pouvoir n'ont peu ou pas de droit de parole.

    Europe: populisme et crise migratoire

    Source : http://www.urtikan.net/dessin-du-jour/manifestation-anti-migrants-oui-jai-garde-laccent/

    Par ailleurs, l'Europe doit aujourd'hui faire face à une forte crise migratoire, renforçant les tensions intra et inter-étatiques. En 2018, le refus de Malte, suivi de l'Italie, d'accueillir l'Aquarius, bateau humanitaire venu sauver des migrants en Méditerranée, témoigne de cette crise majeure. Devenue l'une des premières destinations migratoires du monde (dû à son passé colonial mais aussi à une certaine proximité géographique), l'Europe est désormais un continent d'immigration malgré elle, faisant de la lutte contre l'immigration clandestine sa priorité. Et pourtant ! Il s'agit du principal facteur concernant la croissance démographique du continent. L'Allemagne est la première destination d'immigration d'Europe (la France est placée 5ème). En 2017, le pays comptait plus de 12 millions de migrants internationaux. Par ailleurs, en Suède, en Irlande et en Autriche, la part de migrants internationaux dans la population des Etats est considérable. Celle-ci est en effet comprise entre 15 et 19% ! 

    Europe: populisme et crise migratoire

    Source : http://www.lefigaro.fr/international/2013/10/03/01003-20131003ARTFIG00472-nouveau-drame-de-l-immigration-au-large-de-lampedusa.php

    Mais l'Europe doit également répondre à une pénurie de main-d'oeuvre, rendant certains secteurs économiques totalement dépendants de l'immigration irrégulière. Le bâtiment, la garde d'enfants et le nettoyage domestique sont autant de travaux contraignants et mal payés presque "refoulés" aux migrants. Parallèlement, le continent doit affronter un problème de taille, celui du vieillissement de sa population, le rendant encore une fois dépendant de l'immigration. Dans les années à venir, l'Europe aura ainsi besoin de 30 millions d'immigrés pour rééquilibrer le rapport actifs - inactifs. Finalement elle demeure un continent paradoxal, sceptique à l'idée d'accueillir des migrants mais quelque peu contrainte de le faire par un contexte de manque de main d'oeuvre et de vieillissement de sa population. 


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